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Paix et justice sociale en Colombie, « Nous avançons bien et avec des points d’accord »

Eliecer Jimenez Julio | oulala.info | dimanche 10 mars 2013

dimanche 10 mars 2013

oulala.info

Iván Márquez, FARC-EP : « Nous avançons bien et avec des points d’accord »
Eliecer Jimenez Julio | oulala.info | dimanche 10 mars 2013

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Il y a un processus d’unité de la guérilla avec l’ELN” – “Nous souhaitons revenir à Bogotá, mais avec des nouvelles de paix avec justice sociale, souveraineté et démocratie véritable”

Le commandant de l’insurrection colombienne des FARC-EP, Iván Márquez, membre de la délégation de paix du groupe de guérilla qui mène des négociations de paix avec le gouvernement colombien, a confirmé, depuis La Havane, que les pourparlers avec l’autre partie progressent bien, avec des points d’accord en dépit des divergences. Il a insisté sur la nécessité de soutenir ce dialogue pour freiner les va-t-en guerre et a affirmé que la concentration de la terre en peu de mains, le pillage des richesses minières et énergétiques, le paramilitarisme et le système électoral pourri sont entre autres les grands problèmes qui doivent être résolus pour jeter la base d’un changement avec justice sociale dans le pays. Il a confirmé dans le même temps que des pourparlers sont en bonne voie avec l’ELN pour tenter d’unifier les guérillas en Colombie.

IL EXISTE UN DIALOGUE RESPECTUEUX

Au sujet du climat qui règne ici à La Havane, autour de la table de dialogue entre le gouvernement colombien et les FARC-EP, le porte-parole de la commission de paix des FARC-EP, Iván Márquez, a déclaré que : “Nous faisons des efforts énormes pour rapprocher les positions, nous sommes partis de points de vue très différents, nous avons une vision du conflit, de la guerre et de la paix qui ne concorde pas beaucoup avec celle du gouvernement, mais il s’agit de nous asseoir autour de la table pour parler de cette thématique, de la façon dont nous allons trouver une issue négociée, diplomatique à ce conflit, et ici nous devons faire un effort énorme pour rapprocher les positions et c’est ce que nous faisons autour de la table, rechercher les points d’accord et de désaccord, ainsi nous dégageons les points d’accord et nous les mettons sur papier, et à mesure que passent les jours, nous échangeons et nous finirons certainement par disposer d’un ensemble de points de vue plus ou moins communs qui pourraient servir de base à un accord, disons que c’est l’atmosphère que l’on respire ici autour de la table.”
Márquez a souligné que “Il y a bien un respect réciproque, il est clair que les parties doivent se respecter, nous avons été formés par notre commandant Marulanda Vélez à respecter l’adversaire ; il faut l’écouter, l’adversaire politique et les représentants des élites sont ici face à nous, ils ont certainement eux aussi leurs opinions vis-à-vis de l’insurrection, de sorte que si nous sommes face à face, nous discutons et nous mettons tout en œuvre pour avancer selon le mandat que nous a donné le peuple colombien de rechercher la paix avec justice sociale, une paix qui nous permette d’envisager la possibilité d’instaurer pour la première fois la démocratie populaire bien que ce soit un pléonasme, parce que c’est ce dont nous avons besoin, que le peuple prenne réellement les décisions et définisse aussi les questions de la stratégie de ce pays et un autre point très important, comme nous l’a appris Alfonso Cano, la souveraineté, nous avons besoin d’un pays souverain où les gens portent la patrie dans leur cœur et la défendent ; ici, il y a des intérêts très puissants qui, de l’extérieur, veulent venir piller nos ressources naturelles, procéder à l’extraction minière et énergétique, emportant toute cette richesse en dehors du pays, et l’on ne tient pas compte de ce que ces ressources doivent être utilisées pour résoudre les graves problèmes sociaux que nous avons et de ce qu’il faut défendre ces ressources, et c’est adopter une attitude patriotique pour procurer une vie digne.”

LE LATIFUNDIO, THÈME FONDAMENTAL : DES VACHES QUI VIVENT COMME DES PRINCESSES

Depuis La Havane à Cuba, et au nom des FARC-EP, Iván Márquez a insisté “sur la nécessité de soutenir, tant en Colombie qu’à l’extérieur, la poursuite et le maintien de la table de dialogue au moyen d’actions et de décisions favorables, qui doivent être de tout type, car il existe des secteurs bellicistes très soucieux de saboter ce processus de dialogue, pour que ceux-ci ne prospèrent pas, ils savent qu’il y a des sujets qu’ils ne souhaitent pas aborder tels que celui de la concentration de la terre, du monopole de la terre, le latifundio, etc., il faut traiter de cette question agraire comme il se doit, où allons-nous trouver la terre pour les paysans sans terre ?, logiquement dans le latifundio, par exemple les éleveurs possèdent près de 40 millions d’hectares et un troupeau de 22 millions de vaches qui vivent comme des princesses sur de grandes étendues de terres que nous pourrions utiliser pour cultiver, produire des aliments.
Le dirigeant de la rébellion a donné comme exemple le fait que “des études indiquent que l’on pourrait prendre 20 millions d’hectares de terres à répartir entre les paysans et les mettre au service de la souveraineté alimentaire, nous avons besoin de produire des aliments pour les Colombiens, jusqu’il y a peu, la Colombie était autosuffisante plus ou moins à 90%, nous produisions ce que nous mangions, mais maintenant, avec la politique néolibérale, cela a changé et nous devons importer plus de 10 millions de tonnes de produits alimentaires, les superficies destinées à la production agricole ont diminué de manière alarmante, auparavant, il y avait quelque 5 millions d’hectares de cultures vivrières, pour l’alimentation de la population ; maintenant, il n’y en a plus que moins de 4 millions d’hectares, c’est grave, et aujourd’hui, les élites disent que ce qui est produit ici doit être destiné à l’exportation, ce n’est pas correct, nous avons besoin de résoudre en premier lieu la question de l’alimentation du peuple colombien, un pays qui ne produit pas ce qu’il mange ne peut pas être souverain, c’est pourquoi nous donnons la priorité à la souveraineté alimentaire”.
À ce sujet, le leader guérillero a ajouté : “Les paysans peuvent et doivent avoir accès à leurs ressources, à l’économie paysanne, commercialiser les produits, les transformer, il doit y avoir des produits abordables et suffisants pour les communautés dans les villes, et cela doit être en relation également avec l’environnement, avec la nature aussi, pour qu’elle n’en souffre pas ; nous discutons également de la création d’un fonds de terres, ces terres doivent être cédées par les propriétaires terriens qui possèdent des terres d’engraissement, de type spéculatif, qui ne les mettent pas en production, qui ne paient pas même d’impôts, ces terres doivent être redistribuées aux paysans sans terre, il faut également prendre soin de nos parcs naturels et ne pas entreprendre d’expansion agricole contre les richesses naturelles, que nous devons préserver.
Márquez a parlé également du rôle que jouent les jeunes en Colombie et en particulier de la lutte qu’ils mènent pour la défense de l’enseignement public et contre la privatisation de cet enseignement, car l’éducation est un droit et doit être gratuite à tous les niveaux.

NOUS ASPIRONS À RENTRER À BOGOTA AVEC DES NOUVELLES DE PAIX AVEC JUSTICE SOCIALE

Quand on a demandé au dirigeant des FARC-EP comment, en cas de rupture de la table de dialogue, ils quitteront Cuba et rentreront en Colombie, il a répondu : “Il y a des accords, des protocoles, cet aspect est prévu, tout comme nous sommes arrivés ici à Cuba, de même nous pourrons revenir, il y a des pays garants, la Croix-Rouge internationale etc., cela doit nous protéger, le gouvernement serait très mal vu d’ignorer ces accords, bien qu’en d’autres occasions il y ait eu des harcèlements comme ceux qui se sont produits lors des dialogues de Caracas et de Tlaxcala, au Mexique. Il faut tenir compte de ces choses, de toute manière, si cela se produit, nous espérons que ces protocoles seront respectés et la communauté internationale est aussi très attentive.”
Cependant, sur un ton d’espoir et positif, le dirigeant guérillero a déclaré : “Nous souhaiterions sincèrement que lorsque nous nous lèveront de la table, ce sera pour dire au peuple colombien et à la communauté internationale qu’il y a un accord de paix et que le peuple colombien va en bénéficier, qu’il va y avoir la paix avec justice sociale, qu’il va y avoir la souveraineté et la démocratie et que nous allons vivre dignement, alors le retour serait différent, le retour serait peut-être direct à Bogotá avec le grand soutien du peuple colombien, qui a été notre garantie, c’est le peuple colombien qui nous a protégés et qui nous aime, c’est l’appui du peuple qui nous a soutenus.”
“Il en va différemment du gouvernement colombien qui est soutenu par des puissances étrangères comme les États-Unis, Israël et les Britanniques eux-mêmes, tous s’en mêlent directement et à l’intérieur, il y a ingérence dans le conflit militaire avec la technologie, l’aide militaire, l’argent, avec des mercenaires, etc. », a souligné le dirigeant des FARC-EP.

SIMON TRINIDAD REPRÉSENTE LES PRISONNIERS DE GUERRE ET LES PRISONNIERS POLITIQUES

Au sujet des prisonniers de guerre des guérillas des FARC-EP qui sont entre les mains de l’État, il a soutenu que : “Dans les prisons sont détenus quelque 800 ou 900 prisonniers de guerre, en plus des presque 9.000 prisonniers politiques, étant donné que les rafles massives n’ont pas disparu, il y a des médecins, des prêtres, des professeurs, des infirmiers, etc. Accusés et arrêtés pour de prétendus appuis aux FARC, ce ne sont que des montages pour faire peur au peuple et l’empêcher de se mobiliser, comment faire pour libérer les nôtres ? Par exemple, nous voulons le retour de Simón Trinidad, qui représente les prisonniers des FARC-EP, pour qu’il continue de donner des précisions comme porte-parole des FARC-EP à la table, il est emprisonné dans un souterrain au Colorado, aux États-Unis, et même sa mère, d’un âge avancé et qui souhaite voir son fils, n’a pas pu avoir de contact physique avec lui, sa mère qui est allée lui rendre visite ces jours-ci, et une paroi de verre les séparait, elle n’a pas pu le toucher et n’a pu lui parler qu’au moyen d’un téléphone, il comparaît les pieds et les mains enchaînés devant les tribunaux nord-américains pour se défendre du montage de l’extradition pour narcotrafic, élaboré par l’ancien juge paramilitaire Camilo Osorio, responsable du montage, la C colombienne l’interdit, mais il est cependant là-bas.”
“Simón est un digne représentant des prisonniers de guerre et des guérilleros qui sont dans les montagnes, nous sommes fiers de lui, nous voulons qu’il vienne, nous l’avons demandé au gouvernement Santos, mais il n’a pas accepté et n’a pas compris l’importance de sa venue pour parler de paix ; ici, nous le comparons à Nelson Mandela”, a ajouté Márquez.

PRISONS CONDITIONS INFRAHUMAINES

Depuis La Havane, parlant des prisons, le porte-parole des FARC-EP a déclaré que “le gouvernement colombien a fermé la porte à l’inspection internationale des prisons et seule une commission de paix de la chambre et le MOVICE ont rendu visite aux prisonniers, et nous constatons que la situation de ces prisonniers est vraiment lamentable, compliquée, difficile, il n’y a pas de droit à la défense, il y a des châtiments, de la surpopulation, pas de soins médicaux, ce qui en dit long sur l’attitude humanitaire du gouvernement colombien, les gens de l’INPEC agissent avec perfidie, abandonnant à leur sort les guérilleros prisonniers blessés qui perdent leurs extrémités, voir leur santé se dégrader et meurent, nous parlons également pour les prisonniers sociaux, ceux qui n’ont pas eu d’opportunités, qui sont devenus “délinquants” faute d’opportunités sociales, à cause de la misère, de l’absence de travail, du manque d’éducation, nous parlons aussi pour eux, il n’y a pas eu de procès en bonne et due forme, on ne les réhabilite pas, nous parlons pour les guérilleros et les prisonniers sociaux. Tous sont dans des conditions infrahumaines. Il y a violation des droits humains de toutes parts.”

UNITÉ DE LA GUÉRILLA EN COLOMBIE

Interrogé sur l’unité de la guérilla en Colombie et faisant référence à l’ELN, il a déclaré : “Il y a des points de satisfaction, en ce qui concerne le processus d’unité avec l’ELN, on a tenu des réunions pour construire une unité très solide, nous sommes en contact avec eux, nous sommes en train de nous mettre d’accord sur des problématiques régionales, de résoudre quelques différends, avec tant d’ingérence étrangère, de menaces, etc., le mieux est que le mouvement de rébellion avance uni comme dans le passé avec la Coordinadora Guerrillera Simon Bolívar et ainsi mener des actions plus solides. De même, les camarades de l’EPL sont les bienvenus, je sais qu’il y a des pourparlers de ce côté-là, mais je peux vous assurer que les conversations avec l’ELN se déroulent dans de bonnes conditions, dans un grand respect, et tous sont disposés à apporter les grains de sable nécessaires pour l’unité. Si nous sommes tous unis, nous pouvons atteindre beaucoup de choses.

LES PARAMILITAIRES SONT TOUJOURS LÀ ET LES ANCIENS GÉNÉRAUX DE L’ARMÉE LES RÉACTIVENT

Interrogé sur le paramilitarisme, il a affirmé que : “Celui-ci n’a pas été démantelé, les Bacrim sont les mêmes paramilitaires et, par exemple, les Urabeños jouent le rôle de la revictimisation, qui consiste à faire partir les paysans de leurs terres et les prête-noms des Urabeños réclament ces terres, maintenant on leur en donne le titre de propriété, il y a un carrousel, c’est une farce, ce sont les mêmes bananiers et cultivateurs de palme qui gardent la terre, ils s’approprient les terres, prête-noms des propriétaires terriens, mais il y a aussi des généraux de l’armée à la retraite qui se mêlent de réactiver le paramilitarisme, c’est le cas des “guachimanes”, gardiens des intérêts des transnationales dans le sud du pays, dans les départements tels que le Putumayo, le Caquetá, où il y a du pétrole, de l’uranium, du coltan, etc., qui doivent être protégés, ces militaires à la retraite sont impliqués dans l’offre de sécurité aux transnationales, en plus de l’argent que le gouvernement investit, avec plus de 90.000 soldats affectés au service des transnationales, des hélicoptères, des avions au service des transnationales, c’est pourquoi la guerre n’est pas soutenable et le gouvernement veut supprimer ces obstacles parce que la guérilla est un obstacle, et aussi le peuple en général pour le pillage des ressources naturelles par les transnationales. Cela fait partie des manœuvres du gouvernement. Mais nous ne devons pas avoir peur et il faut faire face à cela avec la mobilisation populaire.”

ÉLECTIONS OUI, MAIS APRÈS MODIFICATION DU SYSTÈME ÉLECTORAL

Faisant référence aux élections, Iván Márquez a indiqué “qu’il est nécessaire de participer aux processus électoraux, mais une fois que le système électoral aura changé, parce que le système actuel est corrompu et pourri, il y a beaucoup de pièges, avec un Congrès discrédité qui donne la nausée et semble être une embuscade, il faut participer mais avec une nouvelle institutionnalité, à ce sujet, il ne faut pas trop s’enthousiasmer, il doit y avoir un système électoral sans fraudes, sans pièges, un système propre, honnête, on a proposé la création d’une circonscription électorale spéciale paysanne, pour que ceux-ci soient représentés au Congrès, car il y a des représentants des classes puissantes, mais pas de représentants des pauvres et des paysans, que ceux-ci aient leur voix dans un nouveau Congrès, mais pas dans celui-ci qui est totalement corrompu, l’État est expert en systèmes électoraux corrompus, nous exigeons un système fiable, juste et qui ne va pas modifier les votes, étant donné que les morts votent”, et il a marqué son accord sur le vote électronique. Au sujet du mécanisme de contresignature des accords qui sortiront de la table de dialogue avec le gouvernement colombien, le dirigeant des FARC-EP a confirmé “que nous voulons une assemblée constituante et si possible législative dans le temps, garantie par le peuple, pour éviter qu’un nouveau gouvernement ne modifie les accords conclus à la table de dialogue.”

Eliecer Jiménez Julio,


Voir en ligne : Iván Márquez, FARC-EP : « Nous avançons bien et avec des points d’accord »

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