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Lumière sur les biens mal acquis

Pierre Alonso | owni.fr | 3 juillet 2011

lundi 4 juillet 2011

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Il est un peu plus de minuit, mercredi soir, quand s’illumine la façade du 51 de la rue de l’Université dans le très huppé VIIe arrondissement. Point de guirlandes, mais la projection d’un visage qui s’étale sur la grande porte entourée de colonnades. Un visage connu. Celui d’Ali Bongo, fils de feu le dictateur gabonais qui a régné pendant 41 ans avant d’être remplacé par son fils à sa mort en 2009. Un collectif tient le projecteur, fabriqué à la main avec une lampe et une diapo, pour ne pas transporter de batterie ou de matériel encombrant qui ralentirait l’équipée.

Matjules, instigateur de l’événement, voulait faire une action coup de poing tout en restant furtif. Les lieux, rue de l’Université, étaient connus depuis un moment. Clément Briend, le photographe et auteur de l’image projetée, avait fait ses repérages et photographié la façade pour adapter son photomontage au lieu. Pour cette première, l’endroit était idéal : pas trop fréquenté la nuit, pas trop isolé, en plein centre de Paris.

“Nous avons une seule contrainte : que la façade ne soit pas éclairée par les lampadaires, sinon on ne voit pas bien l’image projetée. C’est notamment pour ça que nous avons fait la projection ici” détaille Matjules. D’où le choix, un peu surprenant en ces temps de printemps arabe, de mettre en lumière ce bien d’une valeur estimée de 100 millions d’euros appartenant à Ali Bongo, plutôt qu’un bien de Ben Ali ou Kadhafi, comme il y en a tant à Paris.

Pendant la durée de la projection, les lumières éteintes ont permis à chacun de découvrir le large sourire du président Gabonais. Les passants curieux s’arrêtent. Une voisine intriguée ouvre la fenêtre et photographie discrètement. Elle sait à qui appartient le bâtiment. Tout comme un passant qui explique qu’un de ces amis a organisé la cérémonie de son mariage ici.

Les organisateurs n’étaient pas surpris par ces réactions, ils voulaient justement attirer l’attention sur les biens mal acquis comme l’explique Matjules :

Au-delà des des biens mal acquis, nous voulons mettre en lumière les liens entre la France et certains régimes autoritaires ou dictatoriaux.

À leurs côtés, une dizaine de collectifs de militants, certains engagés dans la lutte contre la corruption, d’autres plus spécifiquement contre la françafrique.

Sur le visuel projeté, Ali Bongo est entouré de Nicolas Sarkozy et Michel Mercier, le Garde des Sceaux, deux petits anges. Justice et pouvoir exécutif encerclent l’ancien potentat, les mains refermées sur des montagnes d’euros et de francs CFA. Entre happening et manifestation, la projection a été choisie pour sa facilité à être mise en place, comme l’explique Clément Briend :

La projection est un moyen de démocratiser les instruments de protestation. Elle ne nécessite pas ou très peu de moyens et de matériel.

Matjules lui embraye le pas :

Nous voulons faire ces actions partout, y compris à l’extérieur de la France. Il y a des biens mal acquis au Luxembourg, en Belgique, à Londres…

L’inspiration leur vient d’ailleurs de l’étranger, de Russie où Voina, un groupe d’artivistes, a réussi des performances mémorables : projeter une tête de mort sur le Parlement russe, ou encore peindre un phallus géant sur un pont levant qui s’est érigé en face du siège des services secrets russes.


Crédits Photo CC by-nc-nd Pierre Alonso

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