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El buen vivir y la Pachamama

Jade Lindgaard | mediapart.fr | lundi 11 juin 2012

lundi 11 juin 2012

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On a retrouvé la Pachamama au comité d’entreprise
Jade Lindgaard | mediapart.fr | lundi 11 juin 2012

Si les notions de buen vivir (le « bien-vivre ») et de Pachamama (« la terre mère ») vous disent quelque chose, c’est que vous faites partie des (trop) rares personnes à prendre au sérieux l’enjeu des droits de la nature, et à suivre les développements constitutionnels et politiques que cette idée nourrit en Equateur et en Bolivie. Ou alors, votre cousin milite à Attac, ou votre petite nièce a suivi le sommet des peuples de Cochabamba.

Dans tous les cas, vous entretenez des accointances avec les mouvements altermondialistes et leurs correspondants latino-américains. Pour autant, vous n’êtes pas forcément fin connaisseur de l’histoire des coopératives ouvrières, des bourses du travail, du socialisme municipal et même des comités d’entreprises, du temps qu’ils portaient un véritable projet politique d’engagements culturels. Tout un pan de l’histoire de la gauche ouvrière, discréditée au XXe siècle par la doxa marxiste qui y voyait une diversion à la lutte des classes, et donc, une trahison.

Influences des cosmogonies indiennes d’un côté, culture anarcho-prolo de l’autre : ces courants politiques et intellectuels n’ont a priori pas grand-chose en commun. Pourtant, dans un petit livre stimulant, Paul Ariès, objecteur de croissance proclamé, créateur du journal Le Sarkophage et ancienne plume du journal La Décroissance, cherche à faire son miel des convergences inattendues de ces deux familles de pensée.

Au-delà du choc spatio-temporel, ce qui intéresse l’auteur ce sont les pistes qu’elles offrent pour définir un nouveau socialisme, un « socialisme gourmand », parce que « parler de “gourmandise” permet d’en finir avec l’idée d’un socialisme du nécessaire qui ne va jamais sans générations sacrifiées, donc aussi sans appareil de parti ou d’Etat gérant cette mal-jouissance ».

La métaphore culinaire ne séduira pas tout le monde, d’apparence trop désinvolte ou trop bourgeoise, selon les perspectives. Mais Paul Ariès n’en fait ni un objet de fixation, ni une marque déposée. Son objectif est d’interroger l’identité de la gauche et d’en appeler à sa créativité, contre la « gauche fakir », « capable de s’endormir dans sa tombe dans l’attente du grand soir », et pour échapper à la réduction des slogans au vocabulaire de l’ennemi (« pouvoir d’achat » par opposition à « pouvoir de vie », « croissance » contre « bien vivre », « hausse du salaire minimum » versus « revenu d’existence »…).

Postmatérialisme et cultures populaires

Concrètement, ce militant écologiste, défenseur de la notion de biens communs et de l’extension de la gratuité à des services publics de base choisis par des modes de démocratie participative, propose de refonder un projet politique d’émancipation qui fasse de la place à l’individu, à ses « passions joyeuses » et ne dédaigne pas de réfléchir aux modes de vie. En bref, accompagner la critique du capitalisme et du productivisme d’une approche très concrète et tournée vers les alternatives (Amap, commerce équitable, monnaies locales…).

Sa démarche s’inscrit dans un sillon déjà largement ouvert par d’autres, du convivialisme d’Alain Caillé, à la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi, en passant par la « cause humaine » de Patrick Viveret ou encore la « décolonisation de l’imaginaire » de Serge Latouche. Il réactive aussi le vieux dilemme réformisme/révolution, dont on remarque au passage qu’il traverse plus que jamais les mouvements écologistes et anti-capitalistes à l’approche du sommet de l’ONU sur le développement durable Rio+20 (voir notamment à ce sujet ici).
L’originalité de la position d’Ariès est sans doute de lier ses préoccupations postmatérialistes (écologie, accès aux savoirs et à la culture, éloge de la démotivation) aux bonnes vieilles cultures populaires. De ce fait, il les place au même rang de légitimité, et s’inscrit donc en faux contre une tendance toujours forte à gauche (partagée avec la droite) de déconsidérer le souci environnemental, rabaissé au niveau d’une lubie de « bobos » éthérés. 

De plus, en insistant sur l’enjeu politique des modes de vie, il revient aux travaux d’Ivan Illich et Jacques Ellul, rarement cités aujourd’hui alors qu’ils ont posé les soubassements de la critique du consumérisme pourtant au cœur des mouvements d’Indignés, ou encore des anti-pub. Un grand colloque organisé cet automne à l’Imec autour de la figure d’André Gorz, théoricien de l’écosocialisme, devrait permettre de revisiter ces pères fondateurs de l’objection de croissance.




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