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Déliquescence de l’Union européenne

m-pep.org | vendredi 8 juin 2012

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Déliquescence de l’Union européenne
m-pep.org | vendredi 8 juin 2012

Une étude américaine accablante pour le système européen cachée par les médias français.

Selon le Pew Research Center, boite à idées américaine basée à Washington, l’Union européenne est dans une véritable situation de déliquescence. La conscience grandit peu à peu que pour construire une véritable union des peuples et nations d’Europe, il faut préalablement démanteler le système eurolibéral mis en place par les classes dirigeantes depuis la période de la Guerre froide, faussement appelé « Union européenne ». On ne fera pas du neuf avec du vieux.

Cette étude porte sur 8 pays européens : 5 membres de la zone euro (Allemagne, Espagne, France, Grèce, Italie), et 3 hors zone euro (Grande-Bretagne, Pologne, République tchèque).

Il est possible de tirer deux conclusions de cette étude :

  • un rejet croissant de l’Union européenne et de l’euro, mais avec des contradictions importantes ;
  • une responsabilité historique de la gauche qui est en train de voir la situation lui échapper puisqu’elle ne remet pas en cause l’Union européenne et l’euro.

Un rejet croissant de l’Union européenne et de l’euro, mais avec des contradictions importantes

Rejets

Ce rejet est massif et probablement irréversible. Il s’exprime à propos de la situation économique qui est « mauvaise » à une écrasante majorité : 94% pour les Espagnols, 96% pour les Italiens, 81% pour les Français. Seuls les Allemands, à 73%, considèrent que la situation économique est « bonne ». Rejet encore concernant les perspectives de l’économie qui vont « s’aggraver » pour 60% des Tchèques, 47% des Italiens et des Espagnols, 40% des Français (22% pensant qu’elle va « s’améliorer »). Rejet toujours au regard de « l’ascenseur social » : la situation des enfants par rapport à leurs parents sera « très difficile » pour 69% des Espagnols, 62% des Italiens, 37% des Français. Les menaces sur le « bien-être économique » viennent du chômage à 88% en moyenne, de la dette publique à 81%, de l’augmentation des prix à 74%, du pouvoir des banques à 71%, du pouvoir de l’Allemagne et de l’Union européenne sur l’économie avec 46%.

On peut continuer avec un résultat catastrophique pour l’Union européenne puisque « l’impact de l’intégration européenne sur l’économie  » a provoqué une dégradation de la situation pour 63% des Français, 61% des Britanniques et des Italiens, 59% des Tchèques. Résultat catastrophique également pour les gouvernements qui provoquent le « mécontentement » de 88% des Espagnols, 87% des Italiens, 83% des tchèques, 71% des Français, 65% des Britanniques.

La Banque centrale européenne est vue de manière « défavorable » par 65% des Espagnols, 53% des Français, 51% des Allemands, 44% des Britanniques. Les opinions ne sont majoritaires qu’en Pologne (54-22) et en République tchèque (38-36).

L’euro est majoritairement rejeté en Italie, en Espagne et en France. Majoritairement, en effet, les Italiens (44% contre 30%), les Espagnols (41% contre 37%) et les Français (40% contre 31%) estiment que le fait d’être dans l’euro est une « mauvaise chose  », la différence étant constituée par ceux qui pensent « ni l’un ni l’autre ». Quant aux trois pays qui ne sont pas membres de la zone euro, ils considèrent tous, à de très larges majorités, que c’est une « bonne chose  » de ne pas être dans l’euro : les Britanniques (73% contre 7%), les Tchèques (62% contre 15%) et les Polonais (54% contre 23%). Ces résultats montrent que l’euro, qui devait s’étendre à tous les pays de l’Union européenne, n’atteindra jamais ce but. La zone euro apparaît clairement comme un repoussoir pour les pays qui n’en font pas partie.

Le rejet est tout aussi net pour les tentatives de remettre en cause la souveraineté budgétaire des États. Ce sont 75% des Britanniques qui s’y opposent, 73% des Tchèques, 56% des Allemands, 51% des Français.

Contradictions

Le rejet massif qui vient d’être exposé s’accompagne, dans le même temps, de nombreuses contradictions.

Étrangement, l’Union européenne n’apparaît pas massivement comme responsable des difficultés. Elle est mise en cause, certes, mais dans des proportions assez faibles, surtout en République tchèque (39%), en France (37%), Pologne (28%), Allemagne (25%). Les Italiens, avec 15%, sont ceux qui exonèrent le plus l’Union européenne de toute responsabilité.

Alors qu’elle est fondamentalement responsable de la crise, l’économie de marché reste le « meilleur » système pour 69% des Allemands, 61% des Britanniques, 58% des Français. Elle n’est minoritaire qu’en Espagne (52-47). Toutefois, depuis 2007, le soutien au capitalisme a baissé de 23 points en Italie, 20 points en Espagne, 15 points en Pologne, 9 points en République tchèque…

La participation à l’Union européenne est « une bonne chose  » pour les Allemands à 65% (+2% sur 2009), pour les Espagnols avec 54% (-13%), puis les Polonais avec 48% (-15%) et les Français (-6%). Les plus critiques sont les Tchèques avec 28% seulement (-17%) et les Britanniques avec 30% (-1%). À part en Allemagne et en Espagne, la participation à l’Union européenne n’est pas considérée comme une « bonne chose » pour tous les autres pays. C’est la fin programmée de l’Union européenne.

L’image de l’Union européenne reste « favorable » aux Polonais avec 69% (-14%), aux Allemands avec 68% (0), aux Français avec 60% (-2%) et aux Espagnols (-20%).

Aucun des 5 pays étudiés ne veut majoritairement retourner à sa monnaie nationale. Cependant les écarts sont importants entre les Français qui sont 69% (contre 31%) à vouloir conserver l’euro, les Allemands à 66% (contre 32%), les Espagnols 60% (contre 36%) et les Italiens 52% (contre 40%). Le rejet majoritaire de l’euro n’est pas encore suivi de la compréhension qu’il est nécessaire et possible d’en sortir. La responsabilité historique de la gauche est engagée car celle-ci ne fait rien pour rassurer la population en expliquant comment sortir de l’euro en douceur. Au contraire.

Alors qu’elle a joué un rôle particulièrement néfaste dans la crise, Angela Merkel est de très loin la dirigeante qui recueille l’approbation la plus importante, largement devant Nicolas Sarkozy : Allemagne (80% contre 75% à Sarkozy), France (76% contre 56%), République tchèque (67% contre 43%).

La xénophobie et la division entre les peuples s’installent en réactivant de vieux souvenirs historiques. En moyenne, les Allemands ont l’image d’être les plus travailleurs (64%), devant les Britanniques (21%) et les Français (20%). Les Allemands impressionnent le plus les Français qui sont 86% à les considérer comme le peuple le plus travailleur. Les Allemands ont la même opinion d’eux-mêmes à 80%. Les Espagnols, à 77%, sont également fascinés par les Allemands. Les Grecs (45%) et les Polonais (47%) sont davantage sur la réserve. Quant aux Français, ils ont une excellente opinion d’eux-mêmes (69%), mais ont une image dégradée des Grecs (8%), des Polonais (10%), des Tchèques et des Italiens (17%), des britanniques (23%) en ce qui concerne le travail.

Les Grecs ont en moyenne l’image d’être les moins travailleurs (48%), devant les Italiens (36%) et les Espagnols (29%). Les Grecs sont vus comme les moins travailleurs par les Allemands (60%), les Tchèques (58%), les Français (53%). Les Italiens sont vus comme peu travailleurs par les Français (58%) et les Allemands (45%). Quant aux Espagnols, ils sont considérés comme peu travailleurs par les Français (50%) et les Allemands (36%).

Les paradoxes grecs

D’un côté, pour les Grecs :

  • L’intégration européenne a eu un « impact sur l’économie » qui a « dégradé » la situation : 70%.
  • La situation économique est « mauvaise » : 98%.
  • La situation « dans les 6 mois qui viennent », va « s’aggraver » : 81%.
  • « Êtes-vous satisfait ou mécontent de la manière dont est gouverné votre pays ? ». Sont « mécontents » les Grecs à 98%.
  • Il sera « très difficile » aux enfants d’atteindre une meilleure position sociale que leurs parents : 73%.
  • Principales menaces sur le « bien-être économique » : « Le manque d’emplois » (97%), «  la dette publique » (97%), «  L’augmentation des prix » (93%), « Le pouvoir des banques » (88%), « le pouvoir de l’Allemagne et de l’Union européenne sur l’économie » (83%).
  • L’économie de marché est le « meilleur » système : 44% seulement contre 50% qui pensent le contraire.
  • L’image de l’Union européenne est « favorable » : seulement 37% (-).
  • La Banque centrale européenne est vue de manière « défavorable » : 80%.
  • L’opposition à la perte de la souveraineté budgétaire est très forte : 75%.
  • Angela Merkel n’est appréciée qu’à 14%.

D’un autre côté, pour les Grecs :

  • Les banques et les institutions financières sont responsables de la crise à seulement 39%.
  • L’Union européenne est responsable de la crise : 19%.
  • L’auto-culpabilisation ne fonctionne que pour les Grecs : 42%.
  • La participation à l’Union européenne est «  une bonne chose  » : 46%.
  • Avoir l’euro est une « bonne chose » : (46% contre 26%).
  • «  Faut-il rester dans la zone euro ou faut-il retourner à la monnaie nationale  » ? Rester dans la zone euro : 71% (contre 23%).

Une responsabilité historique de la gauche qui est en train de voir la situation lui échapper puisqu’elle ne remet pas en cause l’Union européenne et l’euro

Les contradictions qui apparaissent dans cette étude pourraient être résolues par une gauche qui clarifierait sa position sur l’Union européenne et l’euro. En refusant de procéder à cet aggiornamento, la gauche prend la responsabilité historique de ne pas vouloir résoudre les problèmes et de laisser un boulevard ouvert aux forces de l’ombre.



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