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Cocaïne : réprimez il n’y a rien à voir

Arnaud Aubron | droguesnews/lesinrocks.com| jueves 29 de marzo 2012

jeudi 29 mars 2012

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Cocaïne : réprimez il n’y a rien à voir
Arnaud Aubron | droguesnews/lesinrocks.com| jueves 29 de marzo 2012


Shutterstock

Ce qui est formidable avec le régime de prohibition des drogues tel que nous le connaissons, c’est qu’il trouve dans son échec la raison même de son renforcement. C’est ce qui ressort du, par ailleurs fort intéressant, rapport de l’OFDT (Observatoire français des drogues et toxicomanies) sur la cocaïne publié ce jeudi.

Le constat tout d’abord. Il n’est certes pas vraiment nouveau, mais le rapport en dresse un tableau complet : l’usage de cocaïne se banalise en France à une vitesse impressionnante.

« La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé en France métropolitaine, même si son niveau d’usage reste très loin de celui du cannabis. [...] Entre 2005 et 2010, la prévalence d’usagers dans l’année est passée de 0,6 % à 0,9 % ; elle était de 0,2 % en 2000. »

Au total donc, près de 400 000 Français consommeraient de la cocaïne au moins une fois dans l’année. Soit un marché, en valeur, « aussi important que celui du cannabis ». On apprend également dans cette étude que la pureté moyenne de la cocaïne disponible en France se situe entre 20 et 30%, pour un prix moyen de 60 euros le gramme. Que les consommateurs se trouvent essentiellement dans les régions méditerranéennes, en Bretagne et en Ile-de-France. Ou encore que les agriculteurs consomment moins de cocaïne que les artisans-commerçants, catégorie socio-professionnelle la plus friande de poudre blanche…

Enfin, on apprend que la cocaïne était en 2009 à l’origine de 32 décès sur les 260 imputables à l’abus de drogues illicites (contre 100 000 pour les drogues licites que sont le tabac et l’alcool, c’est toujours utile de le rappeler…) et qu’elle engendre de nombreux problèmes de santé et/ou psychologiques chez ses usagers.

Autant de chiffres qui situent la France dans la moyenne européenne, ce qui est nouveau puisque notre pays était jusque-là en-dessous de cette moyenne. En résumé, les Français consomment de plus en plus de cocaïne. Et ce malgré un régime de prohibition stricte. En effet, rappelle l’OFDT :

« Les interpellations ont augmenté ces vingt dernières années, quel qu’en soit le motif, mais à un rythme plus soutenu pour l’usage que pour la revente ou le trafic. [...] Les interpellations liées à l’usage de cocaïne ont été multipliées par 10 entre 1990 et 2010, passant de 388 à 3 926. »

Mais alors comment expliquer cette augmentation ? C’est là que le bât blesse. Deux facteurs sont mis en avant dans ce rapport sans être réellement étayés. D’abord la sempiternelle « image positive » dont jouirait la cocaïne, notamment à cause des journalistes (et notamment à cause de moi puisque mon article « Coke party à la conciergerie » est cité dans le rapport après un rappel à la loi sur les peines encourues pour présentation d’une substance illicite sous un jour favorable…).

Mais lorsque l’on entre dans le détail, on apprend que 89% des Français ont, non sans raison, une image de la cocaïne comme étant une drogue dangereuse « et ce dès son expérimentation ». Tandis que l’on peut lire dans le chapitre consacré aux médias :

« Catastrophe, tsunami, déferlante, inondation, épidémie, fléau : de longue date, les médias ont mobilisé ces images pour évoquer les drogues. Aujourd’hui, ce vocabulaire tragique est encore très fréquent : la cocaïne n’y échappe pas, au risque que ces mots semblent presque vidés de leur sens et que les avertissements perdent en efficacité. »

Mais alors de quelle image positive parlons-nous ? Et qui la véhicule ? Aucune réponse sur ce point énigmatique. Et donc aucune explication sur l’intérêt croissant de nos concitoyens pour cette drogue. Parce qu’ils éprouvent du plaisir à consommer cette drogue et ce malgré les risques bien réels encourus ? Ce volet est comme toujours largement absent du rapport de l’OFDT. Il serait pourtant intéressant de s’y pencher.

Autre faille majeure : aucune évaluation des stratégies suivies jusque-là n’est proposée. Et en particulier du régime de prohibition, pris comme une donnée intangible qu’il serait inutile de discuter plus avant. Pourtant, après quarante ans de prohibition des drogues et alors que la consommation explose, ne serait-il pas légitime de s’interroger sur l’efficacité des politiques suivies ? D’autant qu’à l’opposé de ce qui se passe en France, comme tétanisée par un tabou moral sur la question, à l’étranger, cette réflexion fait son chemin.

Ainsi du succès aux Etats-Unis du brulot Cocaïne Nation, du documentariste britannique Tom Feiling, qui plaidait pour la légalisation de la cocaïne comme seul moyen d’encadrer sa consommation et de limiter les dégâts engendrés. Un plaidoyer appuyé sur un constat assez similaire à celui du rapport de l’OFDT : en 1961, seuls 4 millions d’Américains avaient essayé une drogue illégale. Ils étaient 74 millions en 2003. Et la pureté de la cocaïne s’est accrue tandis que son prix a chuté ! Selon Feiling :

« Nous allons devoir vivre avec la cocaïne. Allons-nous réguler et contrôler ce marché, comme nous le faisons pour d’autres substances dangereuses ? Ou allons-nous le laisser entre les mains de cartels ? Ce que je propose n’est pas un idéal : c’est une solution pragmatique. »

Une solution pragmatique que ne prônent pas que quelques journalistes bobos. Ce samedi, trois chefs d’Etat d’Amérique centrale, pays les plus touchés par le trafic de cocaïne, se sont ainsi réunis au Guatemala pour discuter d’une sortie possible de la guerre à la drogue. Selon les mots du président, et ancien général, guatemaltèque Oscar Pérez Molina :

« La stratégie que nous suivons depuis quarante ans pour lutter contre le trafic de drogues est un échec. Nous devons trouver des alternatives. »

Etaient présents à ses côtés pour soutenir le projet la président du Costa-Rica Laura Chinchilla et le Panaméen Ricardo Martinelli. Le groupe pourrait être rejoint par le nouveau président colombien Juan Manuel Santos, qui s’est prononcé en octobre dernier pour la légalisation, dans un premier temps, de la marijuana… à condition que tout le monde le fasse en même temps.

Des débats qui font écho au rapport de la Global Commission on Drug Policy. Au mois de juin, dix-neuf personnalités internationales de premier plan appelaient ainsi à une légalisation contrôlée de la marijuana et à des mesures sanitaires pour le traitement des toxicomanes aux drogues dures. L’appel avait été signé, entre autres, par les anciens présidents mexicain Zedillo, brésilien Cardoso, colombien Gaviria et suisse Dreifuss, par l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan ou encore par Louise Arbour, Javier Solana, Richard Branson, Mario Vargas Llosa…

Mais de ces débats, pourtant porteurs d’avenir, pas une ligne ne transparait dans les plus de 200 pages de rapport de l’OFDT, comme si la France vivait en autarcie répressive. Et comme si seule la répression constituait une réponse audible face au « fléau de la cocaïne »… Réprimez, il n’y a rien à voir !

Arnaud Aubron

Téléchargez le rapport de l’OFDT en cliquant ici

(Photo : Shutterstock)



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Transmis par Olivier Poularon
Thu, 29 Mar 2012 11:14:23 -0700

PAMF



Voir en ligne : Cocaïne : réprimez il n’y a rien à voir

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